Gelées

Chez les végétaux,  des troubles plus ou moins graves peuvent apparaître lorsque les températures baissent  en dessous d'une certaine limite, elles deviennent parfois mortelles pour la vigne. Ainsi, les gelées peuvent intervenir l'hiver, de façon précoce en automne, mais aussi de façon tardive au printemps. Les températures négatives ont pour conséquence qu'une partie de l'eau des tissus va s'échapper des cellules et former des cristaux dans l'espace inter-membranaire engendrant leur destruction. Le limbe devient alors crispé et cloqué à la face supérieure, tandis que la face inférieure est tendue et parfois déchirée.

 

Les différents types de gelées

 

  • Les gelées précoces d'automne déclenchent prématurément la mise en dormance de la vigne. Elles provoquent une chute des feuilles, et les plantes n'ayant alors pas assez accumulé de réserves présentent un mauvais aoutement du bois.
  • Les gelées d'hiver constituent un facteur limitant pour la culture de la vigne. Ainsi, en fonction des régions, il convient de cultiver des cépages plus ou moins résistants au froid. Notons que si l'abaissement de la température est progressif, les valeurs négatives sont très bien supportées par la vigne qui se met au fur et à mesure en repos végétatif. Cependant, une durée trop longue de froid intense peut provoquer la formation de gélivures, de fentes radiales pénétrant plus ou moins profondément dans le tronc à la base et au sommet des pieds de vigne. Les situations les plus à craindre sont les hivers doux permettant une reprise prématurée de la vigne qui commence à débourrer. Il suffit d'un brusque retour du froid pour causer des dommages importants. On observe alors la destruction des bourgeons qui s'affaissent facilement. Les tissus gelés montrent une teinte foncée à brune et finissent par se nécroser. De nombreux bourgeons peuvent ne pas se développer, dans ce cas des bourgeons secondaires et tertiaires finissent par apparaitre. En soulevant l'écorce des sarments gelés, on constate une coloration noirâtre à brune du cambium et du liber qui ont été détruits. La section des bras et des rameaux montre une coloration rouge du liber. Fréquemment le bourrelet de soudure de greffe est atteint tandis que les racines sont occasionnellement altérées, les plus petites étant les plus sensibles.
  • Les gelées printanières interviennent lorsque la vigne à repris son activité. Les symptômes sont variables et dépendent du stade végétatif. Lors du débourrement, les bourgeons et les rameaux mesurant quelques cm brunissent et se dessèchent (figures de 1 à 12). Si la gelée est intense, il peut y avoir destruction totale de la végétation qui brunit après le dégel et prend un aspect de salade cuite, avant de se dessécher (figures 3, 4, 7 et 10).Lesinflorescences brunissent etsedessèchentégalement (figures 4 et 5). Si la gelée est faible, seuls les feuilleshautesetl'apex sont affectés (figure 1). Rappelons que 2 types de gelées printanières sont connues  :
    • les gelées  blanches qui se caractérisent par la formation d'une fine "pellicule"  de cristaux de glace. Elle se manifeste lors d'un temps froid et clair avec des températures nocturnes comprises entre -3°C  à -5°C. Ces gelées concernent surtout les bas de coteaux et les zones humides. L'intensité des dégâts varie de quelques pousses atteintes à  l'ensemble de la jeune végétation ;
    • les gelées noires se manifestent lors d'une arrivée massive d'air froid polaire, pendant la nuit les températures sont très basses de -5°C  à -10°C. Ces dernières peuvent détruire totalement les jeunes pousses et causer des pertes de récolte importantes.

 

Facteurs influençant plus ou moins les effets des gelées 

 

  • Favorablement : la présence de plantes adventices sur le sol, un sol labouré, l'absence de haies en aval d'une parcelle de vigne située en pente ;
  • Défavorablement : la pratique d'une taille tardive qui décale le débourrement, le décavaillonnage qui éloigne les bourgeons du sol, les modes de taille retardant le débourrement, la présence d'une haie en amont, le choix de parcelles peu propices aux gelées (évitant au maximum les bas fonds, les cuvettes (figures 11 et 12), et la proximité d'un bois).

 

Mesures à prendre

 

En présence de dégâts sur vigne, il est bien souvent trop tard pour intervenir. Si les pousses sont gelées en totalité,  il n'y a plus rien à faire. Des bourgeons secondaires vont progressivement se développer en quelques jours. Si la gelée est partielle et l' inflorescence est intacte, le développement de nouveaux rameaux pourra avoir lieu. Si les inflorescences sont détruites, il convient de retailler la vigne (figure 13). Notons que quelques méthodes de protection peuvent être envisagées :

  • l'aspersion de la vigne utilise le principe de l'énergie cédée par l'eau lorsque celle-ci passe de l'état liquide à l'état solide. Il faut maintenir constant une quantité d'eau en voie de congélation pour que la température de la plante ne descende pas en dessous de zéro. C'est une méthode consommatrice d'eau et elle n'est pas praticable dans tous les vignobles.
  • la mise en place de tours anti-gel, d'un « chasseur de gel » (Frostbuster), d'un capuchon de paille sur la vigne,
  • l'installation de chauffage plus ou moins artisanaux  (chaufferettes au fuel et les bougies de paraffine) ... sont aussi utilisés pour prévenir les gelées.
  • Enfin un produit a été autorisé assez récemment pour réduire l'incidence du gel. Il provoquerait "l’accumulation dans les feuilles de molécules protectrices abaissant leur point de congélation et renforçant leur résistance” (e-phy).

 

Dernière modification : 05/03/18
  • Auteurs :
  • D Blancard (INRA)
  • J Gaudin (INRA)
  • C Deluche (INRA)
Gel Vigne11
Figure 1
Gel Vigne8
Figure 2
Gel Vigne21
Figure 3
Gel Vigne13
Figure 4
Gel Vigne7
Figure 5
Gel Vigne20
Figure 6
Gel Vigne17
Figure 7
Gel Vigne9
Figure 8
Gel Vigne14
Figure 9
Gel Vigne19
Figure 10
Gel Vigne15
Figure 11
Gel Vigne16
Figure 12
Gel Vigne18
Figure 13