Parasites et parasitoïdes de tordeuses

 

Les espèces de parasitoïdes s'attaquant aux tordeuses de la vigne sont très nombreuses (figure 1), mais ne sont pas spécifiques de ces hôtes et leur action varie d'une saison à l'autre, selon les parcelles et selon les régions viticoles. Ce sont les stades pré-imaginaux des tordeuses (oeufs, larves) qui peuvent être parasités. Ces auxiliaires jouent une grande importance dans la régulation des populations de ces ravageurs au vignoble. La plupart des parasitoides actuellement présents en vigne existaient déjà il y a plus d’un siècle.

Quatre groupes principaux d'auxiliaires parasitoïdes peuvent être cités :

  • les hyménoptères Trichogrammatidae qui parasitent les oeufs ;
  • les hyménoptères ichneumonides (Ichneumonidae, Braconidae) parasitant les chenilles et chrysalides ;
  • les hyménoptères chalcidiens (Pteromalidae, Eulophidae) qui parasitent les chenilles ;
  • les diptères Tachinidae qui parasitent aussi les chenilles.

L'efficacité maximale du parasitisme observée au vignoble est variable selon les parasitoïdes, les régions viticoles ainsi que les variétés de vigne : 30 à 40 % pour les trichogrammes (en lâcher de lutte biologique), 70 à 80% pour les ichneumonidés, 20 à 25% pour les tachinaires et les ptéromalidés. Le parasitisme est surtout conjoncturel et fonction du niveau de présence des tordeuses, de la présence d'hôtes alternatifs et de la végétation adjacente pour la nourriture des adultes des parasitoïdes. Il dépend aussi beaucoup des conditions abiotiques ; température et humidité permettant ou non la survie du parasitoïde. De plus, le cépage comme source d'alimentation de la chenille de tordeuse module son système immunitaire lui permettant ainsi de résister plus ou moins au parasitisme.

  • Trichogrammatidae

Les trichogrammes sont des hyménoptères très petits (0,3 à 1,2 mm), à antennes coudées et dont les ailes antérieures ont une seule nervure (figure 2). Ces parasitoïdes pondent uniquement dans les oeufs. Le taux de parasitisme naturel chez cochylis ou eudémis peut-être parfois supérieur à 50%. Les oeufs des tordeuses deviennent alors gris anthracite. Ces auxiliaires sont beaucoup utilisés en lutte biologique dans les cultures, mais pas à grande échelle au vignoble. Seules quelques espèces sont élevées en production commerciale (T. cacoeciae, T. brassicae, et T. minutum). La systématique des trichogrammes est complexe, les  espèces sont déterminées soit par identification morphologigue, mais l'aide de la biologie moléculaire devient nécessaire pour éviter les confusions.

  • Ichneumonidae

Les hyménoptères de cette famille se caractérisent par des antennes filiformes de 16 articles au moins et le bord antérieur de l'aile antérieure qui est épaissi avec un stigma bien visible. La tarière des femelles est souvent très longue. Ces insectes sont abondants dans les haies et on les reconnait à la vibration de leurs antennes à la recherche d'un hôte décelable par son odeur.

Dans cette famille, plusieurs espèces sont des parasites importants (ex : Campoplex capitator et Exochus tibialis que l’on retrouve assez fréquement). Campoplex capitator Aubert 1960 (anc. C. majalis, Campopleginae, figure 3), est un endoparasite solitaire et est l’espèce rencontrée le plus souvent dans les vignes européennes. Elle mesure 5 à 6 mm de long, et se reconnaît à son corps entièrement noir excepté les fémurs et tibias qui sont brun-rouge. Eudémis et cochylis sont ses deux principaux hôtes. La femelle pond dans les chenilles de deuxième à quatrième stades larvaires et la larve quitte son hôte après sa nymphose. Elle tisse alors un cocon blanc dont l'adulte émerge environ une semaine après en été (figure 3). Campoplex capitator est actif toute la saison, et peut effectuer sa diapause dans les chrysalides de vers de la grappe diapausantes.

Diadegma fenestrale (Holmgren, 1860) (Campopleginae, figure 4) est un auxiliaire très polyphage, et un parasitoïde majeur de la pyrale. Cette espèce assure 60 à 70% du parasitisme de ce ravageur, et participe aussi au contrôle d'eudémis et de cochylis.

  • Braconidae

Cette famille est une des plus importantes familles d’hyménoptères avec plusieurs milliers d'espèces, toutes parasitoïdes d’insectes (principalement coléoptères et lépidoptères). Certaines sous-familles sont très spécialisées. L’identification des Braconidae est délicate ; très proches des Ichneumonidae, on peut les différencier par la nervation différente de l'aile antérieure (voir ici). Leur taille varie de 1 à 10 mm, c'est à dire qu'ils sont généralement plus petits que les Ichneumonidae. Leur ovipositeur est généralement visible mais parfois discret.

Apanteles sicarius Marshall 1885 (Microgastrinae) parasite la pyrale. Le corps de l'insecte mesure de 2,5 à 3 mm, est noir brillant avec des pattes tachées de jaune à l'extrémité. La femelle pond dans les jeunes chenilles puis la larve quitte son hôte pour tisser un cocon de nymphose fixé à la feuille par des soies (figure 5). Ce sont les premiers cocons visibles au vignoble. Ce parasitoïde très répandu en Europe, n'est pas spécifique et s'attaque à de nombreuses espèces de chenilles phytophages.

  • Pteromalidae, Eulophidae

Les ptéromalidés sont des hyménoptères Chalcidoidea souvent de petite taille (quelques mm), de couleur souvent métallique, à nervure alaire très réduite et aux antennes coudées de 3 à 8 articles (figure 6). Les femelles pondent plusieurs dizaines d'oeufs sur la cuticule de l'hôte. Les larves du parasitoide (ectoparasite) vont dévorer la chenille par l’extérieur. Deux espèces ont été reconnues sur Tortricidae de la vigne du genre Dibrachys (D. cavus et D. affinis). Ces deux espèces interviennent sur la génération de fin d’été, ayant un rôle de régulation non négligeable sur la génération hivernante. La femelle pond sur la chrysalide qui produira 6 à 14 adultes parasitoïdes.

Les eulophidés sont des hyménoptères Chalcidoidea, dont les tarses sont à 4 segments, les antennes à 7-9 segments, et le gastre distinctement pétiolé. Colpoclypeus florus (Walker, 1839) est un ectoparasitoïde grégaire majeur d'eulia, mais cette espèce est aussi très polyphage.

  • Tachinidae

Les adultes de cette famille de diptères sont floricoles (figure 7). Certaines espèces pondent leurs oeufs sur le feuillage et ceux-ci seront alors consommés par la chenille de tordeuse, d'autres pondent sur ou dans l'hôte. Une à cinq larves se développent dans celui-ci. A la fin de leur développement, les larves quittent leur hôte et se nymphosent à proximité ou dans le sol. Le parasitisme est très efficace contre les lépidoptères : Noctuidae, Geometridae, Tortricidae et Pyralidae ainsi que les Crambidae.

Parmi plusieurs espèces de tachinaires rencontrées ponctuellement sur tordeuses de la vigne, deux sont à signaler : Phytomyptera nigrina et Pseudoperichaeta nigrolineata. Cette dernière est signalée comme parasitant plus de 50 espèces de chenilles. La femelle dépose son oeuf sur le tégument de l'hôte et à l'éclosion, la larve pénètre dans celui-ci. La première espèce est moins généraliste et donc plus intéressante au vignoble, elle parasite préférentiellement cochylis et eudémis. En première génération d'eudémis, le parasitisme peut-être de 10 à 25%. Cette espèce est multivoltine.

 

Bibliographie

Delbac L (2014) Réunion Eudémis SudvinBio, CRA Languedoc Roussillon (pdf)

Thiéry D (2008) Les tordeuses nuisibles à la vigne. in : Ravageurs de la vigne, Esmenjaud et al., Ed Feret

Thiéry D, Yoshida T, Guisset M (2006) Phytomyptera nigrina (Meigen), a parasite of first generation European grapevine moth larvae in several vineyards in the Roussillon area. The Tachinid Times, 19, 1-4 (pdf)

Thiéry, D., Louâpre, P., Muneret, L., Rusch, A., Sentenac, G., Vogelweith, F, Iltis, C., Moreau, J. (2018) Biological protection against grape berry moths: A review. Agronomy for Sustainable Development, 38, 1-18.  doi.org/10.1007/s13593-018-0493-7

Villemant C, Sentenac G (2013) Les parasitoïdes des tordeuses de la vigne. Diversité spécifique et biologie. Seminario Biodiversidade em viticultura, Lisbonne Portugal 4-5 novembre 2013 (pdf)

Villemant C, Delvare G, Martinez M, Sentenac G, Kuntzmann P (2011) Parasitoïdes de tordeuses. In : La faune auxiliaire des vignobles de France, Eds France Agricole-Dunod

Universal Chalcidoidea Database - Notes on families. Site web du Natural History Museum

 

Dernière modification : 17/01/2020
  • Auteurs :
  • S Chamont (INRA)
  • D Thiery (INRA)
parasitoides-tordeuses
Figure 1
trichogramme
Figure 2
campoplex-LD
Figure 3
diadegma-PGros
Figure 4
apanteles-sicarius
Figure 5
pteromalidae
Figure 6
Pales-pavida
Figure 7