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Mouche des fruits


Originaire de Madagascar, Neoceratitis cyanescens (Bezzi) (syn. : Trirhithromyia cyanescens, Pardalaspis cyanescens) a atteint la Réunion où ses dégâts ont été mentionnés en 1951, puis l'île Maurice en 1958. Sa présence à Mayotte, sans doute assez ancienne, a été signalée en 1992.

N cyanescens est inféodée aux plantes de la famille des Solanaceae. Les diverses espèces cultivées sont victimes de ses attaques : tomate (Solanum lycopersicum L.) tout particulièrement, mais aussi aubergine (Solanum melongena L.), piment (Capsicum frutescens L.), poivron (Capsicum annuum L.), tomate arbuste (Cyphomandra betacea Sendtener), Solanum aethiopicum
Diverses Solanaceae sauvages ou subspontanées servent en outre de réservoir de multiplication à l'espèce. C'est le cas à la Réunion du bringellier marron (Solanum auriculatum Ait.), de l'anguive (Solanum anguivi Lam.), et de la brède morelle (Solanum nigrum L.).

 

  • Taxonomie et description

 

Cette espèce appartient à la famille des Tephritidae, qui compte dans le monde environ 4000 espèces, dont 250 d'importance économique. Elle est classée dans la sous-famille des Dacinae et la tribu des Ceratitidini. Les adultes sont facilement reconnaissables par le dessin caractéristique des bandes brunes de leurs ailes, et par leur scutellum (partie postérieure du thorax) entièrement noir dans sa moitié apicale. Les oeufs, blancs et allongés, sont légèrement arqués et longs d'environ 1 mm. Ils sont pondus dans les fruits hôtes en petits paquets, à quelques millimètres sous l'épiderme. La larve, de couleur jaunâtre, est un asticot typique : sa partie antérieure effilée est munie de crochets buccaux noirâtres, alors que la partie postérieure est tronquée. En fin de 3eme stade larvaire, elle mesure environ 7-8 mm. La pupe, de couleur brune, a une forme de tonnelet et une longueur de 4-5 mm.

 

  • Biologie et dégâts

 

Les accouplements commencent très tôt après l'émergence des adultes (figures 1 et 2) (dès 48 h), et peuvent avoir lieu du matin jusqu'au milieu de l'après-midi, avec un maximum de fréquence en milieu de journée. Comme cher la plupart des autres espèces de Tephritidae, les mâles (figure 3) attirent les femelles (figure 4) en émettant une phéromone sexuelle active à courte distance. La ponte des femelles débute 4 à 6 jours après l'accouplement. A l'aide de leur oviscapte pointu, les femelles déposent leurs oeufs sous l'épiderme du fruit-hôte, à quelques millimètres de profondeur. L'activité de ponte a lieu habituellement I'après-midi, avec un maximum entre 16 et 17 h. Les oeufs éclosent après 3 à 4 jours d'incubation. Les larves s'enfoncent alors dans la pulpe du fruit où le cycle larvaire, qui comprend trois stades, dure de 7 à 11 jours. En fin de développement, les asticots (figure 5) quittent le fruit d'une brusque détente pour s'enfoncer à faible profondeur dans le sol, où s'effectue la nymphose. Le stade pupe dure de 2 à 15 jours. Ainsi, en fonction des conditions climatiques, le cycle complet s'étale sur 26 à 35 jours. Des études sur les stimuli visuels attractifs montrent que les adultes des deux sexes sont attirés préférentiellement par le jaune fluorescent, , alors que les femelles matures sont fortement attirées par des sphères de couleur orange vif. L'étude des stimuli olfactifs attractifs pour les adultes devrait permettre de disposer bientôt d'un piège adapté pour la surveillance des populations.

Les fruits affectés présentent des ponctuations correspondant aux piqûres des adultes ; ils sont généralement bien visibles (figures 6 et 7). Parallèlement au développement et aux dégâts liés à l'activité des asticots, les fruits  sont colonisés par divers bioagresseurs  pathogènes ou opportunistes qui entraînent progressivement leur pourriture (figures 8 à 10). A Mayotte, cette espèce provoque des dégâts importants sur tomate, qui peuvent atteindre la majeure partie de la récolte en l'absence de traitement.

  • Méthodes de protection


- Les méthodes de lutte couramment pratiquées reposent encore sur l'utilisation d'insecticides pendant la période de sensibilité des fruits. 
Sur petite tomate, les premières attaques apparaissent très tôt, une dizaine de jours après floraison, lorsque le diamètre des fruits atteint 2 cm. Le taux d'attaque augmente ensuite rapidement et atteint un maximum environ 3 semaines après floraison. Par la suite, les fruits plus âgés peuvent encore être piqués, quoique plus faiblement. En attendant de disposer d'un piège adapté pour la surveillance, on peut raisonner la lutte en réalisant un contrôle visuel dès le début de la période de sensibilité des fruits, afin de déclencher les traitements à l'apparition des premières attaques.
 - Dès l'observation des premières attaques, il importe de prélever et détruire  régulièrement les fruits piqués ou les enterrer afin de limiter la multiplication des populations.
- On éliminera également les diverses plantes-hôtes réservoirs qui peuvent se trouver à proximité des parcelles de production.
- Certains auxiliaires naturels peuvent contribuer à limiter les populations de N. cyanescens sur les plantes réservoirs ou dans les parcelles non traitées. Une espèce de parasitoïde larvaire indigène, Psyttalia insignipennis (Granger) (= Austroopius)  a ainsi été observé à Mayotte, avec un taux de parasitisme réduit (8 %). L'importation d'autres espèces de parasitoïdes exotiques peut également être envisagée dans le cadre d'opérations futures de lutte biologique.

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Dernière modification : 13/06/2013
  • Auteurs :
  • D Blancard (INRA)
  • S Quilici (CIRAD)
  • T Brevault (CIRAD)
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Figure 1
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Figure 2
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Figure 3
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Figure 4
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Figure 5
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Figure 6
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Figure 7
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Figure 8
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Figure 9
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Figure 10