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Taches de pollution

 

Sous l'appellation taches de pollution ("weather fleck") ou taches physiologiques, les producteurs et les phytotechniciens ont tendance à regrouper un certains nombre de symptômes, parfois assez différents, pour lesquels ils n'ont pas toujours pu identifier la cause avec précision. En fait, les symptômes de "weather fleck" sont induits par l'ozone (O3) qui est un polluant de l'air affectant de nombreux végétaux. Ce gaz est produit secondairement dans l'atmosphère à la suite de réactions chimiques mettant en jeu des polluants primaires tels que le dioxyde d'azote (NO2) et des hydrocarbones (HC), ceci sous l'influence du rayonnement solaire. Il est considéré aux USA comme le polluant de l'air le plus important. Il pénètre dans les feuilles par l'intermédiaire des stomates et affecte les cellules du mésophylle. Il est à l'origine de nombreuses petites taches, situées surtout sur la face supérieure du limbe, parfois accolées et localisées le long de la nervure centrale et des nervures secondaires (figures 1 et 2). Ces taches sont fréquemment inféodées aux feuilles basses. Leur couleur évolue dans le temps et passe assez rapidement du brun dans un premier temps, au blanc grisâtre par la suite (figure 3). Lorsque les attaques sont très sévères, des feuilles entières sont touchées ; elles vieillissent prématurément et tombent.

Des différences de sensibilité à l'ozone existent entre les trois types de tabac (les tabacs bruns seraient moins sensibles), mais aussi entre les variétés d'un même type. Par exemple, la variété Burley 21 est beaucoup plus sensible que le génotype Kentucky 17. Certaines variétés particulièrement sensibles ont été utilisées comme indicateurs biologiques de pollution ambiante par l'ozone ; c'est le cas par exemple de Bel-W3, tabac de type Virginie.

La maladie se manifeste souvent à la suite de périodes pluvieuses prolongées et durant la phase de croissance active du tabac, au cours de laquelle les tissus sont particulièrement succulents.

Il existe d'autres polluants dans l'air à l'origine de dégâts assez comparables sur tabac, en particulier l'oxyde d'azote (NO2) et le dioxyde de soufre (SO2). Ce dernier composé semble pouvoir agir en synergie avec l'ozone. Malheureusement, il n'existe aucune méthode de lutte permettant de contrôler cette maladie non parasitaire en cours de culture. Il convient de cultiver des variétés peu sensibles dans des zones où la pollution de l'air est forte.

Il faut aussi savoir qu'en dehors des taches classiques attribuées au "weather fleck", un certain nombre de variantes ont été décrites, aussi bien aux USA, qu'au Japon (figures 4 et 5). Il n'a pas toujours été possible d'associer une quelconque pollution environnante à leur présence. C'est pour cette raison que certains observateurs japonais ont préféré parler de "taches physiologiques". Celles-ci ont probablement une origine non parasitaire et certaines semblent non transmissibles après hybridation. Elles sont susceptibles de survenir en début de culture ou à proximité de la récolte. Elles ont été constatées dans des situations assez différentes, mais certains facteurs communs ressortent : des sols faiblement pourvus en phosphore, des conditions climatiques particulières (pluviométrie importante, longue période de forte hygrométrie...).

La situation observée en France est assez comparable. Devant la diversité des taches observées, dont l'origine parasitaire a couramment été écartée, on peut parfois incriminer les effets du "weather fleck", mais aussi, dans certains contextes, des répercussions d'affections physiologiques dont les causes ne sont jamais évidentes à déterminer.


Dernière modification : 06/26/13
Auteur : D. Blancard (INRA)
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